GR20 : Aurélien Dunand-Pallaz pulvérise le record, deux mois après François D’Haene

Aurélien Dunand-Pallaz établit un nouveau record sur le GR20

À Conca, l’arrivée d’Aurélien Dunand-Pallaz a pris des airs de fête. Le vendredi 25 septembre, après une traversée menée à une allure exceptionnelle, le traileur savoyard a franchi la ligne sous les applaudissements et les embrassades, tandis que le champagne coulait pour célébrer son exploit. Son chronomètre affiche 27 heures et 29 minutes : le GR20 a trouvé un nouveau détenteur de son record de vitesse.

Le parcours relie Calenzana, dans le nord de la Corse, à Conca, au sud-est de l’île. Sur quelque 166 kilomètres et 12 000 mètres de dénivelé positif, les coureurs affrontent des montées abruptes, des descentes exigeantes et des passages rocheux qui compliquent chaque foulée. Sur ce sentier, le défi ne consiste pas seulement à avancer vite : il faut aussi conserver sa lucidité lorsque la fatigue s’installe et que le terrain impose sans cesse de s’adapter.

La performance de Dunand-Pallaz prend une dimension supplémentaire parce qu’elle survient peu après celle de François D’Haene. Au début de l’été, celui-ci avait établi une marque de référence en 29 h 46, devenant le premier à passer sous la barre symbolique des trente heures. Deux mois plus tard, son successeur retranche 2 h 17 à ce temps. Dans l’univers de l’ultra-trail, et plus encore sur un itinéraire aussi technique, un écart de cette ampleur témoigne d’une maîtrise remarquable.

Le coureur avait pourtant évoqué des ambitions plus prudentes avant de partir. Il espérait d’abord terminer sous les 29 heures, gardait secrètement en tête le seuil de 28 h 30 et nourrissait le rêve d’un chrono inférieur à 28 heures. Son résultat dépasse donc non seulement le précédent record, mais aussi l’objectif qu’il s’était publiquement autorisé à viser. À l’arrivée, l’émotion l’a submergé : les larmes ont accompagné la célébration, signe que cette performance sportive représentait bien davantage qu’une simple ligne inscrite dans un tableau.

Les récits de la course et les réactions du milieu montrent à quel point la marque a frappé les observateurs. On peut retrouver le déroulé de cet exploit dans le compte rendu consacré au chrono du GR20, tandis qu’un autre article revient sur la traversée achevée en 27 h 29. Ces réactions soulignent un contraste saisissant : une trace qui prend plusieurs jours aux randonneurs a été parcourue en un peu plus d’une journée.

Le chiffre attire l’attention, mais il ne résume pas à lui seul la portée de l’exploit. Sur le GR20, la vitesse doit composer avec les pierres, le relief et les exigences de gestion de l’effort. Réduire de plus de deux heures un temps déjà considéré comme historique revient à redéfinir ce que les spécialistes imaginaient possible sur cette traversée. Le nouveau record n’est pas seulement plus rapide : il change l’échelle des ambitions.

Sur le GR20, un défi d’endurance au cœur des montagnes corses

Pour comprendre ce que représente le chrono, il faut regarder le terrain plutôt que le seul kilométrage. Le GR20 traverse l’épine dorsale de la Corse et impose une succession de reliefs qui sollicitent des qualités différentes. Une pente raide réclame de la puissance et une gestion précise de l’énergie ; une descente rocheuse exige attention et coordination ; un passage accidenté peut ralentir même un coureur entraîné. Cette alternance transforme la course en une suite de décisions physiques et mentales.

Le sentier est souvent décrit comme l’un des itinéraires de randonnée les plus difficiles d’Europe. Cette réputation tient autant à son dénivelé qu’à la nature du sol et à la difficulté de maintenir une allure régulière. Dans une course sur route, le rythme peut se mesurer presque mécaniquement. Ici, chaque portion change les règles : il faut parfois courir, parfois marcher avec force, parfois poser soigneusement les pieds pour éviter une chute ou préserver les jambes.

Le mot trail running prend alors tout son sens. Il ne s’agit pas de transposer une stratégie de marathon sur un chemin de montagne, mais de lire le relief et d’adapter sa foulée aux conditions. Pour illustrer cette logique, imaginons Camille, une traileuse expérimentée qui découvre le GR20 lors d’une sortie en plusieurs étapes. Elle peut accélérer dans une section roulante, mais sait qu’un effort trop enthousiaste avant une longue montée risque de lui coûter cher plusieurs heures plus tard. À l’échelle d’une traversée menée en moins de trente heures, cette prudence devient une compétence de haut niveau.

Le record de Dunand-Pallaz rend visible cette combinaison de qualités. La rapidité est spectaculaire, mais elle repose aussi sur une capacité à rester efficace lorsque le sentier oblige à changer de cadence. Le coureur ne peut pas simplement « tenir une allure » : il doit continuellement réévaluer son effort. Les passages techniques demandent de la précision, tandis que les ascensions invitent à doser la dépense pour ne pas compromettre la suite.

Ce contexte explique pourquoi un écart de 2 h 17 dépasse la simple amélioration marginale. Sur un parcours court et régulier, quelques minutes peuvent déjà distinguer deux performances majeures. Sur 166 kilomètres de montagne, gagner autant de temps suppose une progression spectaculaire de la vitesse moyenne, mais aussi une constance rare malgré les difficultés. Le record met donc en lumière l’ensemble du système : préparation, expérience, soutien et capacité à gérer les imprévus.

Le GR20 est également un itinéraire emblématique de la Corse, avec une identité qui dépasse le seul sport. Ses paysages, ses refuges et ses portions minérales composent un décor exigeant, mais profondément marquant. Pour un coureur, la montagne n’est pas un simple arrière-plan ; elle dicte le tempo et rappelle sans cesse que le parcours garde le dernier mot. Sur ce terrain, la performance naît autant de la vitesse que de l’intelligence avec laquelle on l’emploie.

Les exigences d’une course en montagne hors norme

Une course en montagne de cette longueur cumule plusieurs contraintes qui se renforcent mutuellement. Les montées épuisent les muscles, les descentes mettent les quadriceps à rude épreuve et la durée de l’effort augmente les besoins en énergie. Même une courte pause peut avoir une valeur stratégique si elle permet de boire, de manger ou de retrouver un peu de confort avant la prochaine difficulté.

La technicité du terrain joue aussi sur la concentration. Après une nuit sans sommeil, un appui mal assuré peut avoir davantage de conséquences qu’en début de course. Le défi d’endurance consiste donc à maintenir une vigilance active, pas seulement à supporter la fatigue. C’est l’une des raisons pour lesquelles un chrono record sur le GR20 suscite autant de respect chez les coureurs et les randonneurs.

Pacers, ravitaillement et stratégie : les coulisses du record

Une traversée aussi rapide ne se construit pas uniquement au fil des kilomètres. Aurélien Dunand-Pallaz était accompagné de pacers, des coureurs qui se sont relayés sur différentes portions du parcours. Leur rôle consiste à soutenir l’athlète, à contribuer au rythme et à l’aider à accéder aux boissons et à l’alimentation nécessaires. Dans une épreuve où chaque arrêt compte, cette présence apporte un soutien pratique autant que moral.

Les pacers ne font pas disparaître la difficulté du parcours. Ils permettent plutôt au coureur de consacrer davantage d’attention à son effort, au terrain et à ses sensations, tandis que l’équipe contribue à organiser les transitions. Sur une longue course, retrouver un compagnon au bon moment peut aider à relancer la concentration ou à franchir un passage délicat. L’assistance devient ainsi une composante de la stratégie, sans retirer au coureur la responsabilité de mener sa traversée.

La préparation de Dunand-Pallaz s’appuyait sur plusieurs mois de travail et sur un entourage de coureurs de haut niveau, parmi lesquels Théo Détienne et Arthur Joyeux-Bouillon. Cette équipe n’a pas seulement accompagné une tentative improvisée : elle s’inscrivait dans un projet mûri en amont. Dans l’ultra-trail, le jour de la course révèle souvent le travail réalisé avant le départ, qu’il s’agisse de l’entraînement, de la connaissance du parcours ou de la coordination des personnes présentes.

La gestion de l’alimentation fournit l’un des épisodes les plus parlants de cette traversée. Après environ 150 kilomètres, alors que l’arrivée se rapprochait, le coureur s’est arrêté pour manger plusieurs parts de pizza. Il était aux alentours de 6 heures du matin et avait expliqué à ses coéquipiers qu’il avait le ventre vide après près de 24 heures d’effort. L’image a quelque chose de très humain : derrière le record et la cadence exceptionnelle, un organisme épuisé réclame tout simplement de l’énergie.

Cette pause illustre une idée importante en course d’endurance : s’arrêter brièvement peut parfois aider à repartir plus efficacement. Un ravitaillement adapté ne garantit pas une accélération, mais il peut prévenir une baisse brutale des forces ou permettre au coureur de retrouver un peu de confort. À ce stade, la pizza n’est pas une anecdote détachée de la performance ; elle raconte la réalité du corps, confronté à un effort prolongé et à des besoins qu’il faut satisfaire malgré l’urgence du chrono.

La stratégie peut se résumer en plusieurs leviers complémentaires :

  • Les relais de pacers, pour accompagner la progression et faciliter certaines portions de la traversée.
  • Un ravitaillement régulier, afin de répondre aux besoins énergétiques après de nombreuses heures d’effort.
  • La lecture du terrain, indispensable pour ajuster l’allure selon les montées, les descentes et les passages techniques.
  • La préparation collective, qui permet d’aborder les moments clés avec un plan et un entourage expérimenté.

Ces éléments ne fonctionnent pas séparément. Une bonne alimentation n’efface pas une préparation insuffisante, et des pacers ne peuvent pas compenser une allure mal maîtrisée. Leur intérêt vient de leur cohérence : chaque choix contribue à préserver la capacité du coureur à continuer. Le record se joue dans les jambes, mais aussi dans la qualité de toutes les décisions prises en chemin.

François D’Haene et Aurélien Dunand-Pallaz, deux références du trail

Le record de Dunand-Pallaz s’inscrit dans une histoire de confrontations sportives et de respect entre champions. François D’Haene avait marqué le GR20 au début de l’été en réalisant 29 h 46, un temps qui semblait alors repousser nettement les limites. Il avait même franchi le seuil symbolique des trente heures, donnant une nouvelle référence à celles et ceux qui suivent les grandes traversées de montagne.

Deux mois plus tard, le Savoyard a transformé cette référence en point de départ. Avant sa tentative, D’Haene avait laissé entendre que son record pourrait ne pas durer. Cette anticipation donne à l’histoire une dimension particulière : le détenteur savait que sa marque serait convoitée, et il accueillera ensuite son dépassement avec sportivité. Il a salué une performance impressionnante, tout en reconnaissant la déception naturelle de voir son propre chrono effacé si rapidement.

Leur rivalité ne se réduit pas à un duel de chronomètres. Les deux hommes appartiennent à l’élite du trail et ont déjà partagé des moments de compétition intense. À l’UTMB 2021, D’Haene avait devancé Dunand-Pallaz, arrivé deuxième. Cette expérience montre que leurs trajectoires se croisent depuis plusieurs années, sans que le résultat du jour empêche l’estime mutuelle. Dans les sports d’endurance, la reconnaissance des difficultés vécues par l’adversaire donne souvent aux performances une portée plus large.

La réponse de D’Haene après le record participe à cette lecture. Il a décrit l’exploit comme une preuve que les limites peuvent encore reculer, tout en assumant un sentiment de tristesse face à la perte de sa marque. Cette réaction évite deux caricatures : celle d’une rivalité hostile et celle d’une célébration qui ferait disparaître la déception. Un athlète peut être fier de son propre temps et admirer celui qui le dépasse.

Le parcours de Dunand-Pallaz nourrit aussi l’intérêt porté à sa tentative. Il avait remporté la Diagonale des Fous et la Hardrock en 2023, deux épreuves réputées pour leur longueur et leur difficulté. Ces références permettent de comprendre pourquoi il abordait le GR20 avec une expérience solide des grands efforts. Elles ne rendaient pas le record automatique : chaque itinéraire possède ses propres exigences, et la réussite dépend toujours de la forme du jour et de la gestion de course.

Repère Performance ou événement Ce que cela représente
Début de l’été François D’Haene en 29 h 46 Une nouvelle référence, sous le seuil des trente heures
25 septembre Aurélien Dunand-Pallaz en 27 h 29 Un record amélioré de 2 h 17
Distance et dénivelé Environ 166 km et 12 000 m de D+ Une traversée exigeante à travers la Corse
Parcours sportif Victoires à la Diagonale des Fous et à la Hardrock en 2023 Une expérience confirmée de l’ultra-trail

Le tableau rappelle la rapidité avec laquelle la référence a évolué, mais il ne dit pas tout de la relation entre ces deux athlètes. D’Haene a ouvert une porte en passant sous les trente heures ; Dunand-Pallaz l’a ensuite franchie avec une marge considérable. Une grande marque devient parfois le tremplin de la suivante, plutôt qu’une limite définitive.

Un chrono qui redessine les ambitions de l’ultra-trail

En passant sous les 28 heures, Aurélien Dunand-Pallaz crée un nouveau point de repère pour les spécialistes du GR20. Le record précédent n’avait tenu que quelques semaines, mais sa durée ne diminue pas sa valeur : le chrono de D’Haene avait d’abord démontré qu’une traversée sous les trente heures était possible. La performance suivante a montré qu’un gain encore plus important pouvait être réalisé dans un délai très court.

Cette évolution ne signifie pas que les prochains coureurs pourront simplement reproduire le même scénario. Un record dépend d’un ensemble de conditions : la forme de l’athlète, son expérience, l’organisation de son assistance et sa capacité à maintenir une progression efficace sur un terrain difficile. Une marque exceptionnelle peut inspirer les suivants sans devenir une recette universelle. Ceux qui tenteront à leur tour le parcours devront construire leur propre stratégie et accepter les contraintes de la montagne.

Pour les amateurs, l’exploit peut aussi modifier la façon d’observer le GR20. Face à un tel temps, il est tentant de réduire l’itinéraire à un chiffre et de comparer les allures. Pourtant, les marcheurs qui parcourent le sentier en plusieurs étapes vivent une aventure d’une autre nature : nuits en refuge, découverte progressive des paysages et adaptation au relief jour après jour. La performance élite ne rend pas ces expériences moins impressionnantes ; elle révèle simplement une autre manière d’habiter le même chemin.

La médiatisation d’un record peut enfin attirer de nouveaux regards sur la course en montagne. Un lecteur qui découvre l’exploit peut ensuite s’intéresser aux règles de sécurité, à la préparation physique ou aux particularités du sentier. Ce prolongement est précieux si la vitesse spectaculaire ne masque pas les exigences du terrain. Le GR20 reste un parcours où l’expérience et la prudence comptent, qu’on le traverse en quelques jours ou en moins de trente heures.

Pour les candidats au défi, quelques enseignements ressortent de cette traversée, sans prétendre transformer un record d’élite en plan d’entraînement :

  • Respecter la technicité du parcours : les kilomètres ne reflètent pas à eux seuls la difficulté d’un itinéraire rocheux et montagneux.
  • Préparer l’effort dans la durée : la gestion de l’énergie et de l’alimentation devient décisive lorsque la course se prolonge.
  • Organiser l’assistance : les relais et les ravitaillements doivent soutenir une stratégie cohérente, pas seulement accélérer le rythme.
  • Adapter ses ambitions à son expérience : le chrono d’un champion ne constitue pas une norme applicable à tous les profils.

Une performance record peut ainsi inspirer sans pousser à l’imitation aveugle. Elle invite plutôt à s’interroger sur la préparation, la progression et la manière dont chacun définit sa propre réussite. Pour Camille, notre traileuse fictive, le succès serait peut-être de terminer sa traversée en sécurité, sans se laisser happer par le temps des champions. Le record de Dunand-Pallaz donne une mesure de l’extrême ; il ne dicte pas le sens de toutes les aventures sur le GR20.

La marque de 27 h 29 aura donc plusieurs vies : un résultat sportif, une nouvelle cible pour les spécialistes et un récit qui rappelle que les limites se déplacent lorsque la préparation, l’engagement et les circonstances s’alignent. L’essentiel, pour les prochains prétendants comme pour les passionnés, sera de comprendre ce que le chrono exige réellement plutôt que de ne retenir que sa vitesse. Sur le GR20, l’exploit ouvre des perspectives, mais la montagne continue d’imposer ses propres règles.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Scroll to Top