Si le bouchon de liège a longtemps été associé à la qualité d’une bouteille de vin, les innovations récentes tendent à marginaliser cette vérité. De plus en plus de viticulteurs utilisent des bouchons synthétiques, faits de plastique ou d’aluminium. Mais ces alternatives n’offrent pas encore suffisamment de recul quant à la qualité du vin dans le temps. La bataille entre tradition et progrès, se joue-t-elle uniquement sur les saveurs de l’élixir embouteillé ou peut-elle déboucher sur d’autres débats ?

Bouchon de liège et viticulteurs, une histoire d’amour éternelle

Si on cultive la vigne en Mésopotamie, 6000 ans avant notre ère, le liège apparaît pour la première fois comme bouchon d’amphore de vin en Grèce, 4000 ans plus tard. En France, c’est la célèbre maison de champagne Dom Pérignon, qui lui donne ses lettres de noblesse au 17ᵉ siècle, avec cette forme conique que l’on emploie encore aujourd’hui du côté de Reims.

Les domaines viticoles français n’embouteilleront avec du liège qu’à partir du 20ᵉ siècle quand la fabrication des bouteilles en verre s’industrialisera. Le verre étant de meilleure qualité, il devient alors plus facile d’ajuster la forme et la taille du bouchon de vin pour assurer l’étanchéité et permettre à l’oxygène de venir jouer son rôle dans l’évolution du jus.

Et le reste du monde viticole dans tout ça ?

Si à travers le monde, le liège renferme plus de 80 % des bouteilles commercialisées, certains pays ont depuis longtemps opté pour d’autres méthodes. L’exemple le plus célèbre étant l’Australie. En effet, au pays des kangourous, dès les années 70, on jette le tire-bouchon et on privilégie des capsules à vis. Aux États-Unis, pour remédier à des pénuries de matières premières, les viticulteurs utilisent le synthétique.

Pourquoi passer d’un bouchon de liège à un bouchon synthétique ?

Délice du vin, bouchon de liège : je t’aime moi non plus

Si depuis des siècles, on embouteille le vin avec le liège, c’est avant tout pour ses vertus chimiques. En effet, ce bout d’écorce a la particularité d’être hermétique tout en facilitant des échanges gazeux qui jouent un rôle essentiel dans l’évolution des tanins. Et pour ralentir l’oxydation, on conserve les bouteilles couchées afin que le liquide humidifie le bouchon et que les nectars de garde soient magnifiés.

Pour autant, nous avons tous connu un jour, au moment de l’ouverture, la triste désillusion d’un vin bouchonné. Ce phénomène est dû à la trichloroanisole, plus connue en œnologie sous le nom de TCA. Cette molécule se forme par moisissure dans le bouchon. Le vin prend alors ce goût de renfermé que l’on redoute tous.

Des alternatives pour préserver le plaisir du vin.

Altérer l’alchimie du vin est le cauchemar de tous viticulteurs. Il est alors logique que ces derniers cherchent à profiter des avancées technologiques pour vous offrir le meilleur de leur récolte.

Aujourd’hui, qu’ils soient en plastique ou en composites hybrides, les concurrents du liège ont un défaut majeur. Ils sont trop hermétiques et ne permettent pas au vin de respirer et donc de bien vieillir.

C’est pourquoi on utilise plutôt ces bouchons pour des vins jeunes qui se consomment rapidement. La dégustation en est que plus agréable car, on préserve la fraîcheur et la neutralité chimique. C’est le cas pour le rosé, où le goût fruité s’exprime avec encore plus d’énergie.

Mais les fabricants de bouchons de vin mettent tout en œuvre pour limiter ces effets néfastes. Des compagnies australiennes ont ainsi développé plusieurs types de joints pour capsules à vis censés reproduire les propriétés du liège.

Certains bouchons, dits conglomérés, conviennent à des vins de garde moyenne, car ils se fabriquent en partie avec des bouts de liège. Bien qu’ils rendent possible l’oxygénation, les disparités dans leurs compositions n’offrent que trop peu de garantie.

Néanmoins, dans les deux cas, nous manquons de recul pour estimer si oui ou non, ces techniques peuvent convenir à bonifier des vins de garde.

Économie et écologie, nouveaux acteurs de la guerre des bouchons

Pour autant, les matières synthétiques ont un avantage capital. Elles sont plus économiques et plus rapides à produire que le liège. Les zones géographiques où sont cultivés les chênes-lièges sont rares et leur exploitation coûteuse. Mais cette rareté est aussi une marque de prestige. Pour 83 % des Français, un vin embouteillé avec un bouchon en liège sera de meilleure qualité. Le choix du bouchon est donc déterminant pour les maisons qui souhaitent entretenir un certain standing.

Mais aujourd’hui, en 2022, l’image de marque passe aussi par l’engagement écologique des viticulteurs. Et en la matière, le liège marque des points précieux :

  • Sa culture absorbe de fortes quantités de CO2.
  • Il est inutile de couper l’arbre pour l’exploiter.
  • Son recyclage est facile.

Alors oui, l’aluminium des capsules à vis se recycle également et certains bouchons synthétiques sont fabriqués à 60 % à partir de cannes à sucre. Pour autant, le chemin est encore long avant que disparaissent complètement les dérivés du pétrole dans la composition de ces bouchons.

L’écologie est un enjeu majeur pour les années à venir et il ne s’agit pas de dire que pour changer les choses, l’industrie du vin ne doit rien changer et s’entêter à n’utiliser que le liège. Il ne s’agit pas de se cacher derrière la réalité économique de ce marché, notamment depuis la crise sanitaire, pour chercher à réduire à tout prix les coûts et passer au tout synthétique. Non, le vin doit rester ce qu’il est depuis toujours, un plaisir épicurien qui éveille tous nos sens. Alors rouge de Bordeaux ou de Bourgogne, blanc d’Alsace ou rosé de Provence, liège ou synthétique, qu’importe le bouchon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

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